À Paris, une artiste singulière bouleverse notre regard sur la nature urbaine. À seulement 26 ans, Alyssa Jos s’est imposée comme une figure essentielle du design végétal et de l’art écologique, transformant des matériaux que beaucoup considèrent comme des déchets en œuvres poétiques, sensuelles et profondément contemporaines. Sa matière de prédilection ? Les feuilles mortes ramassées dans les rues de la capitale. Une démarche esthétique aussi humble qu’ambitieuse, qui la place à l’avant-garde d’une création ancrée dans le réel autant que dans l’imaginaire.
Réinventer le vivant : une matière première inattendue
Chaque automne, Paris — l’une des villes les plus boisées d’Europe — voit ses trottoirs recouverts de milliers de feuilles mortes, une matière généralement collectée puis incinérée ou compostée par les services municipaux. Plutôt que de regarder ces feuilles tomber sans y prêter attention, Alyssa a choisi de les ramasser, les inventorier, les recueillir avec patience et regard. Pour elle, ces feuilles ne sont pas des rejets urbains : elles recèlent une palette de couleurs, de textures et de potentialités esthétiques encore inexploitées.
Dès l’enfance, elle a cultivé ce rapport sensible à la matière. Titulaire d’un baccalauréat en arts appliqués, puis diplômée des Arts décoratifs de Paris avec une spécialisation en design textile et matière, Alyssa a fait de cette obsession du détail végétal une trajectoire personnelle. Dans son atelier du 10ᵉ arrondissement, elle ne se contente pas de trier des feuilles mortes : elle les apprivoise.
© Marion SaupinDe la collecte à l’objet : un processus artisanal long et complexe
Ce qui distingue le travail d’Alyssa, c’est sa relation presque dialoguée avec la matière. Chaque feuille est minutieusement sélectionnée, triée par variété, couleur et texture. Les grandes feuilles de platane, épaisses et robustes, sont particulièrement prisées pour leur ressemblance avec une peau ou un cuir végétal ; les formes délicates du ginkgo évoquent quant à elles des ailes ou des éclats d’ombre et de lumière.
Le processus de transformation est lent — souvent plusieurs mois — et exige une rigueur quasi scientifique : les feuilles sont plongées dans des bains naturels conçus par l’artiste pour restaurer leur souplesse ; elles sont ensuite séchées, généralement entre les pages de livres anciens, conservant ainsi leurs nervures, leurs couleurs et leur matière intrinsèque. Seuls des gestes précis — découpe, couture, tissage — permettent ensuite de révéler leur potentiel esthétique.
Cette attention méticuleuse à chaque étape n’est pas seulement technique. Elle traduit aussi une philosophie du temps, une manière de ralentir, d’écouter la matière et d’entrer en dialogue avec ce qui se désagrège naturellement. Là où la société moderne valorise l’instantané, Alyssa valorise la patience, l’attente, la transformation lente.
© Marion SaupinUne œuvre à la croisée de l’art et du design
Les créations d’Alyssa Jos défient les catégories conventionnelles. Elles oscillent entre objets décoratifs, installations sculpturales, panneaux muraux, luminaires et conceptions sur mesure pour intérieurs, tout en restant profondément liées à la matière végétale qui les compose. Ses pièces célèbrent la beauté intrinsèque des feuilles — leurs nervures, leurs dégradés, leurs jeux de transparence — sans jamais gommer leur origine naturelle.
Une série emblématique, intitulée Pluie d’automne, illustre parfaitement cette esthétique. Dans cette série, des feuilles minutieusement tissées créent des motifs évoquant des vagues, des plumes, des astres ou des constellations automnales, comme si la nature avait elle-même dessiné les lignes. Cette logique de composition, entre abstraction et figuration organique, confère à chaque œuvre une présence à la fois familière et énigmatique.
Son travail attire également l’attention des corps professionnels du design et de l’architecture. Des architectes et décorateurs intègrent ses pièces dans des projets haut de gamme ; ses œuvres ont été exposées dans des lieux prestigieux, comme l’Hôtel de Crillon à Paris, dans le cadre d’expositions temporaires mêlant art, design et environnement.
© Marion SaupinUne reconnaissance officielle et une place dans la création contemporaine
La démarche artistique d’Alyssa a rapidement trouvé une reconnaissance institutionnelle. Elle a été récompensée par la médaille d’or de l’Académie Arts-Sciences-Lettres, une distinction prestigieuse qui honore des personnalités ayant apporté une contribution significative au rayonnement culturel et artistique. Cette récompense n’est pas seulement un trophée : elle consacre une trajectoire créative singulière, faite de curiosité, d’audace et de maîtrise technique.
Cette distinction souligne combien la pratique d’Alyssa s’inscrit dans un contexte plus vaste : celui d’une création contemporaine sensible à l’environnement, qui réinscrit l’art dans un rapport renouvelé à la matière, à la saison et à notre environnement urbain. À l’heure où le design durable devient une nécessité, sa démarche montre qu’une esthétique raffinée peut s’inscrire dans une logique de réemploi, de respect du vivant et de valorisation des ressources locales.
© Marion SaupinEntre contemplation et innovation : une esthétique inspiratrice
L’œuvre d’Alyssa Jos est aussi une invitation à changer notre regard sur l’environnement qui nous entoure. Là où beaucoup voient des feuilles mortes à balayer, elle voit une infinité de possibilités formelles. Son travail s’apparente à une méditation sur la beauté fugace du vivant, sur l’éphémère qui persiste, sur ce qui se désagrège et renaît sous une autre forme. C’est une réécriture poétique de la matière, qui invite à repenser notre rapport aux objets, au matériau, à la saison elle-même.
Plus qu’un simple geste esthétique, son art est une déclaration d’amour à la nature et une réflexion profonde sur la manière dont nous intégrons le vivant dans nos espaces intérieurs et notre quotidien. Les feuilles mortes, sous ses doigts, cessent d’être un symbole de fin pour devenir un symbole de continuité, de transformation et d’espoir.
© Marion SaupinVers de nouveaux horizons
L’avenir artistique d’Alyssa s’annonce riche de possibles. Toujours en dialogue avec la matière, elle explore de nouvelles directions, de la mode aux installations immersives, en passant par des collaborations avec des ingénieurs matériaux pour améliorer la durabilité des feuilles transformées — tout en conservant leur sensibilité naturelle. Ses ateliers se veulent des espaces de recherche autant que de création, où l’expérimentation n’est jamais dissociée de la poésie.
Sublimer l’ordinaire pour révéler l’extraordinaire
Alyssa Jos a inventé un langage artistique où l’éphémère devient permanent, où la nature urbaine se métamorphose en art, et où chaque feuille morte porte en elle une histoire invisible jusqu’à ce qu’elle soit mise en forme. Son œuvre, à la fois sensible, technique et profondément humaine, incarne une vision du design et de l’art où la beauté et l’éthique ne sont pas antinomiques. Dans un monde qui accélère, elle nous invite à ralentir, observer, toucher et écouter ce que la matière a à nous dire.

