À l’occasion de la 68ᵉ cérémonie des Grammy Awards, tenue le 1ᵉʳ février 2026 au Crypto.com Arena de Los Angeles, un moment inédit s’est inscrit dans l’histoire de la musique mondiale : pour la première fois, une œuvre liée à la K-pop a remporté un trophée prestigieux de la musique américaine. Ce triomphe, longtemps escompté par les amateurs de la scène coréenne, témoigne d’un basculement culturel : la K-pop n’est plus simplement un phénomène global, mais une force reconnue par les institutions artistiques les plus prestigieuses.
Golden : un morceau emblématique dans un film phénomène
La victoire revient à Golden, titre issu de la bande originale du film d’animation Netflix KPop Demon Hunters. Cette chanson a remporté le prix de la Meilleure chanson écrite pour un média visuel (Best Song Written for Visual Media), devenant ainsi le premier morceau associé à la K-pop à décrocher un Grammy.
Adaptée à l’écran par le groupe fictif Huntr/x, Golden est interprétée par EJAE, Audrey Nuna et Rei Ami, dont les voix donnent vie aux personnages du film. Outre son impact culturel via Netflix — où le film est rapidement devenu l’un des plus vus de l’histoire de la plateforme —, le titre s’est imposé sur les charts internationaux et a été nominé dans plusieurs catégories majeures.
Bien que Golden n’ait pas remporté certaines des catégories les plus médiatisées (telles que Song of the Year ou Best Pop Duo/Group Performance), sa victoire dans la section visuelle constitue une reconnaissance majeure de la qualité d’écriture et de composition derrière une production inspirée de la K-pop.
L'équipe de K-Pop Demon Hunters reçoit le prix de la meilleure chanson écrite pour un média visuel pour Golden , le 1ᵉʳ février 2026 à Los Angeles © Getty Images
De la niche à la reconnaissance institutionnelle
La K-pop, depuis son explosion planétaire dans les années 2010, a souvent été saluée pour ses tournées sold-out, ses chiffres vertigineux de streaming et sa présence omniprésente sur les réseaux sociaux. Pourtant, jusqu’à présent, le genre avait rarement été récompensé par les institutionnels de l’industrie musicale américaine, malgré plusieurs nominations.
Des groupes comme BTS avaient ouvert la voie depuis 2021 avec leurs premières nominations, et des artistes comme Rosé (de BLACKPINK), en collaboration avec Bruno Mars, s’étaient hissés dans des catégories importantes. Cette année encore, la présence de Rosé et d’autres figures de la scène coréenne a marqué les esprits, même si le prix final est revenu à Golden.
Un tournant culturel et artistique
L’importance de ce triomphe ne se limite pas à une ligne dans le palmarès des Grammy Awards. Elle symbolise la maturité internationale d’un genre longtemps cantonné à un statut de phénomène populaire mais sous-représenté dans les sphères critiques et institutionnelles. En décrochant ce trophée, Golden et ses créateurs -— dont le producteur et compositeur Teddy est salué comme pionnier dans le milieu — deviennent des figures de référence d’une K-pop désormais intégrée à la conversation artistique globale.
Le succès du morceau s’inscrit dans une trajectoire plus large : celle d’une musique sud-coréenne qui influence, irrigue et redéfinit les frontières du pop contemporain, en dialogue constant avec des industries cinématographiques, numériques et musicales à l’échelle mondiale.
Audrey Nuna, Ejae et Rei Ami lors de l'after-party des 68ème Grammy Awards organisée par Universal, le 1er février 2026 à Los Angeles, en Californie © Getty Images
Au-delà du prix : une reconnaissance qui ouvre des portes
Ce Grammy représente surtout une ouverture pour l’ensemble des artistes liés à la K-pop, qu’ils soient chanteurs, compositeurs ou producteurs. Il reconnaît la capacité du genre à transcender les barrières linguistiques et culturelles — même si Golden a été largement interprété en anglais, renforçant sa portée internationale — tout en conservant une identité liée à la scène coréenne.
Séoul tout entière a célébré ce moment historique, perçu comme une victoire collective pour une industrie artistique qui a, au fil des années, construit des ponts entre des publics très variés et des formes d’expression musicale multiples.
Une étape, pas une fin
Alors que la K-pop continue à dominer les plateformes de streaming, à inspirer des collaborations internationales et à attirer l’attention des grandes institutions musicales du monde, cette première victoire au Grammy Awards pourrait bien être le signal d’un changement durable. Plus qu’un simple trophée, il s’agit d’une affirmation culturelle — celle d’un genre qui, aujourd’hui, est pleinement intégré à la conversation mondiale de la musique, reconnu pour sa créativité, son influence et son écho universel.

