En ce début d’année 2026, Marsupilami s’est imposé avec force dans les salles françaises. La comédie de Philippe Lacheau, déjà très attendue par le public, a enregistré un démarrage exceptionnel dès sa sortie le 4 février, cumulant plus de 308 000 entrées en seulement une journée, avant-premières comprises. Dans la foulée, le film franchit la barre du million de spectateurs en à peine cinq jours, et affiche près de 1,4 million d’entrées au terme de sa première semaine d’exploitation, des chiffres qui en font à ce stade l’un des lancements les plus puissants de 2026.
Au regard du paysage récent du cinéma français, ces résultats sont d’autant plus impressionnants qu’ils constituent le meilleur démarrage d’un film hexagonal depuis Astérix et Obélix : L’Empire du milieu, dont la sortie en 2023 avait marqué les esprits avec une performance record pour l’époque.
Un succès populaire qui confirme l’appétit pour le cinéma en salles
Ce succès ne se limite pas à une simple curiosité : Marsupilami est le premier film français à atteindre le million d’entrées cette année, devançant plusieurs autres nouveautés de la saison, et rappelant que le public continue de se déplacer massivement pour des sorties filmiques fédératrices.
Le récit imaginé par Lacheau — une aventure rocambolesque autour du célèbre personnage de bande dessinée créé par André Franquin — mise sur un humour énergique, une distribution efficace, et un rythme pensé pour séduire les familles comme les spectateurs en quête de divertissement léger.
Affiche officielle du film Marsupilami (2026) © Pathé
Entre rires et critique : une recette comique sans concession
Sur le plan purement humoristique, le film coche largement les cases attendues : gags en série, situations burlesques et scènes qui jouent sur l’escalade du comique de situation. L’énergie de Marsupilami ne retombe presque jamais, et le public rit souvent, de bon cœur ou par contagion collective. Cette capacité à provoquer des éclats de rire, génération après génération, explique en partie l’engouement dans les salles.
Pour beaucoup, cette dynamique fait partie de l’ADN de la « bande à Fifi », qui combine depuis plusieurs années des comédies populaires au succès récurrent. L’un des marqueurs les plus incitatifs reste l’accessibilité du film : sans prétention dramatique excessive, il se vend comme un moment de détente total, où l’on rit avant tout.
Une créature emblématique mal servie ?
La créature iconique a été façonnée à la fois via une animatronique sur le plateau et par des images de synthèse créées par le studio français Mathematic, basé à Montpellier, qui a passé près de dix‑huit mois à donner vie au personnage numérique. Cette approche hybride visait à conjuguer réalisme et expressivité, mais elle a aussi contribué à susciter des réactions partagées sur l’apparence finale à l’écran.
Mais le design du fameux Marsupilami lui-même — icône graphique de la bande dessinée — interroge. Là où on attendrait une créature visuellement expressive et profondément attachante, le choix de la modélisation numérique manque parfois de personnalité ou de cohésion avec l’univers visuel de Franquin. Cette version semble osciller entre le dessin animé et l’effet numérique réaliste sans jamais pleinement convaincre les regards les plus exigeants.
Cette perception crée un léger malaise chez une partie du public : ce personnage central, censé incarner la joie, l’espièglerie et la fantaisie, ne donne pas toujours l’impression d’être totalement intégré dans l’espace narratif du film avec la force émotionnelle que l’on serait en droit d’attendre d’une icône aussi connue.
Bande-annonce officielle du film Marsupilami (2026) © Pathé
Quand l’énergie l’emporte sur la profondeur
Autre point de débat : le rythme effréné du film. À la poursuite de rires constants, le scénario abandonne parfois toute respiration narrative. Ce choix comique, qui peut séduire à court terme, nuit à la création d’un vrai lien affectif entre le spectateur et l’univers du film. L’émotion se dilue derrière l’accumulation de situations hilarantes, qui finissent par se ressembler ou à saturer. Cette profusion d’effets ne permet pas toujours d’installer un vrai dénouement dramatique ou un moment de contemplation, et certains spectateurs sortent de la salle avec la sensation d’un tourbillon sans coulisse profonde.
Le contraste entre une énergie maîtrisée et un manque de profondeur peut laisser penser que cette nouvelle adaptation ne parvient pas complètement à transcender sa propre mécanique comique.
Une performance commerciale, mais une place artistique à définir
Il serait injuste de sous-estimer ce que Marsupilami accomplit pour le cinéma français en salles. Le film démontre qu’une comédie locale, décomplexée, peut encore attirer les foules face à la concurrence internationale et à l’essor des plateformes de streaming. Il triomphe là où beaucoup de productions peinent à dépasser le million d’entrées, et il ravive la conversation autour de la cinéphilie populaire.
Néanmoins, le triomphe commercial ne suffit pas toujours à faire d’un film une œuvre durable dans la mémoire collective. Derrière l’exploit statistique se cache une adaptation qui divise autour de son esthétique et de son écriture. Les spectateurs qui cherchaient la magie pure d’un Marsupilami mythique peuvent ressortir avec le sentiment que l’expérience, bien que divertissante, manque d’âme comparée aux attentes suscitées par l’original.
En fin de compte, Marsupilami en 2026 s’affirme comme une performance populaire majeure, mais aussi comme une œuvre qui pose des questions profondes sur la manière de marier héritage culturel et comédie contemporaine. Dans l’histoire du cinéma français, ce film restera un cas d’école : record au box-office, rires garantis, mais héritage artistique encore sujet à débat.

