
Cinéma
Dec 28, 2025
Brigitte Bardot (1934–2025) : l’éclat du cinéma, la force d’un combat
Hommage à une vie de liberté, de beauté et de passion
Sur les plages de Saint-Tropez, en 1956, une silhouette fit irruption à l’écran et dans l’imaginaire collectif. Une jeune femme aux cheveux dorés, au regard audacieux et à la présence troublante. Brigitte Anne‑Marie Bardot, B.B., n’était pas simplement une actrice : elle était une révélation, un souffle de liberté qui allait traverser le cinéma, la culture, la mode et les consciences. Elle s’éteint le 28 décembre 2025, à 91 ans, laissant derrière elle une empreinte indélébile, faite de glamour, de révolte, de voix et de combats.
Née le 28 septembre 1934 à Paris, dans une famille bourgeoise où l’art n’était qu’une aspiration lointaine, Brigitte trouva très tôt sa liberté dans le mouvement. La danse classique devint son refuge, son langage, ses premiers pas vers le monde. Mais ce fut surtout son visage, son aura, cette présence à fleur de peau, qui captiva ceux qui la croisaient. À 15 ans, elle pose déjà pour Elle, et à 18 ans, elle foule le plateau de cinéma, ses yeux et son corps parlant avec une intensité qui dépasse les mots. Son charme n’était pas fabriqué : il imposait une respiration, un rythme, une attitude qui devint immédiatement légendaire.

Brigitte Bardot © Getty Images
La naissance d’une icône
C’est Et Dieu… créa la femme (1956) qui scella sa destinée, sous la caméra de Roger Vadim, alors son compagnon. Le film bouleverse les codes : Juliette Hardy n’est pas un personnage, elle est une attitude. Son regard, sa manière de bouger, de rire, de défier les conventions deviennent un manifeste silencieux de liberté. Saint-Tropez, jusque-là tranquille, rayonne bien au‑delà de ses plages.
Le public est fasciné, parfois choqué. Cette liberté de mouvement, cette audace, précède de loin les grands mouvements de libération sexuelle. Elle continue avec des rôles qui explorent tous les registres. Dans Voulez‑vous danser avec moi ? (1959) de Michel Boisrond, elle joue une femme-enquêtrice, charmeuse et mystérieuse, où la danse devient intrigue et jeu de pouvoir, quand dans La Vérité (1960), Clouzot la place face à la justice et à la passion.
Dans Vie privée (1962), de Louis Malle, elle y explore l’intime et la fragilité alors que dans Le Mépris (1963), de Godard, on l’élève au rang de méditation sur l’art, l’amour et la désillusion. Même des films d’aventure comme Shalako ou Don Juan témoignent de sa volonté de ne jamais se laisser enfermer dans une seule image ou un seul rôle.
À travers chaque film, chaque geste, Bardot fixe le regard du spectateur. Elle ne se contente pas de jouer, elle transcende, transforme, électrise — laissant derrière elle une empreinte durable sur le cinéma et sur ceux qui ont vu son éclat.

Brigitte Bardot dans Voulez-vous danser avec moi ? (1959) © Franco-Films Vidès Cinematografica
Une présence qui dépasse l’écran
Bardot n’était pas qu’un visage, elle était un phénomène. Dans chaque plan, chaque geste, elle projetait une humanité entière. Son rire, sa respiration, un simple regard pouvaient captiver, séduire, provoquer. Elle incarnait un moment précis de l’histoire : l’après-guerre et sa soif de liberté, la jeunesse qui voulait briser les chaînes de la bienséance, un corps qui parle et revendique son existence.
Elle disait parfois, avec un mélange d’humour et d’amertume : « Je n’ai pas eu beaucoup de chances de jouer, j’ai surtout dû me déshabiller. » Derrière cette phrase, il y avait la tension qui la traversait : un talent puissant contraint par sa propre aura, scruté, analysé, souvent mal compris. Et pourtant, cette vulnérabilité vraie, cette sincérité dans ses imperfections, c’était ce qui la rendait irrésistible, légendaire, incontournable.
La musique, l’esthétique, la révolution des codes
Bardot ne s’arrête pas au cinéma. Sa voix, ses souffles, ses inflexions deviennent instruments d’émotion. Plus d’une soixantaine de titres, des collaborations mémorables avec Serge Gainsbourg et d’autres artistes, montrent une créativité qui ne connaît pas de frontières. Ses chansons, parfois audacieuses, parfois délicates, reflètent le même esprit libre que ses films : séduction, ironie, vérité.
Elle impose également un style. Le bikini sur les plages, les coiffures cultes, le naturel sublimé, le geste sans effort : Bardot invente un code. Elle influence designers et créateurs, imprime à la mode une empreinte indélébile de liberté nonchalante et d’élégance instinctive. Son corps, sa silhouette, deviennent autant d’invitations à la rébellion douce, à l’affirmation de soi.
Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot, Bonnie and Clyde © Archives INA
Le tournant : de l’éclat à l’engagement
À 39 ans, au sommet de sa gloire, Bardot surprend le monde : elle quitte le cinéma en 1973. Pas un retrait, mais un choix radical, un passage de l’éclat des projecteurs à l’action concrète. Elle décide de consacrer sa vie à la protection des animaux, transformant sa renommée en force de combat.
En 1986, elle fonde la Fondation Brigitte Bardot. Elle finance parfois elle-même des refuges, vendant des souvenirs de sa vie publique pour soutenir des actions de terrain, alerter sur des pratiques cruelles, faire bouger les consciences. Sa détermination est totale, incarnée, jusqu’à ses derniers jours. Elle disait avec douceur et gravité : « L’animal m’aime pour ce que je suis, pas pour ce qu’il espère de moi. » Une phrase simple, mais qui résume toute la force et la poésie de son engagement.
Les grandes luttes de Brigitte Bardot
Au-delà des écrans et des projecteurs, Bardot s’est muée en voix pour ceux qui n’en ont pas. Son engagement pour la cause animale, entamé au début des années 1970, devint rapidement son combat majeur. Elle s’attaqua aux pratiques les plus cruelles : la chasse aux bébés phoques au Canada, qu’elle dénonça avec une campagne médiatique mondiale, contribuant à l’interdiction de l’importation de leurs peaux en France et sensibilisant l’Europe entière à cette barbarie.
Elle porta également la lumière sur la détresse des chevaux et des chevaux de cirque, les conditions des animaux d’élevage et d’expérimentation, n’hésitant jamais à utiliser sa notoriété pour provoquer la conscience publique.
À chaque action, elle mêlait courage et poésie : photographiée avec un phoque sur la banquise, ou se rendant dans des refuges, elle traduisait par des images et des mots la même intensité qui habitait ses films. Ses luttes, souvent contestées, ont néanmoins façonné une véritable prise de conscience mondiale et fait de sa fondation, un acteur majeur de la protection animale, symbole d’espoir et de résistance contre l’indifférence.

Brigitte Bardot a lutté pour faire interdire l’importation et le commerce des peaux de bébés phoques. En 1983, l’Union européenne a adopté un moratoire sur l’importation de peaux et fourrures de bébés phoques © Getty Images
Les zones d’ombre et les controverses
Aucune vie de légende n’est linéaire. Bardot, entrée dans l’arène publique à une époque où la célébrité se mesurait en éclats, déclarations et provocations, suscita admiration et réprobation. Ses prises de position sur des questions sociales et politiques, parfois radicales, lui valurent critiques, accusations et condamnations judiciaires.
Ces aspects ne ternissent pas seulement une icône : ils révèlent une femme complexe, refusant de se désavouer, préférant l’affrontement au silence. Cette liberté de parole, même risquée, est au cœur de son héritage. Elle demeure fascinante parce qu’imprévisible, imparfaite mais authentique, intègre dans son combat comme dans ses choix.
Un héritage qui transcende les écrans
Brigitte Bardot a incarné plus qu’un style, plus qu’un corps, plus qu’un visage : elle a incarné une époque, une idée de liberté, de sensualité, de défi. Elle a redéfini l’expression féminine au cinéma, inspiré des générations de créatrices, d’artistes et de militants. Son impact dépasse la pellicule et la mode : il touche à la manière de vivre, de ressentir et de questionner le monde.
Ses films continueront de vibrer dans nos mémoires, ses chansons résonneront, et son combat pour la cause animale perdurera à travers ceux qui portent sa flamme.
Bardot fut lumière et feu, beauté et combat. Elle quitte le monde, mais son éclat restera, insaisissable et fascinant, comme le souffle même de la liberté.
Adieu, B.B. — merci d’avoir incarné la liberté.




