Mode
Dec 31, 2025
Brunello Cucinelli, ou l’élégance comme acte de foi mise en lumière
Dans une industrie obsédée par la vitesse, le bruit et la visibilité, Brunello Cucinelli fait figure d’exception. Il ne crie pas. Il ne provoque pas. Il dure.
Et c’est précisément cette trajectoire à contre-courant que choisit de raconter Brunello, The Gracious Visionary, le docu-film signé Giuseppe Tornatore, cinéaste oscarisé pour Cinema Paradiso.
Un film comme une respiration. À l’image de l’homme qu’il met en lumière.
Du champ à l’atelier : la naissance d’une vision
L’histoire de Brunello Cucinelli commence loin des podiums. Fils d’agriculteur dans la province de Pérouse, il grandit au rythme de la terre, du silence et du travail bien fait. En 1978, il fonde sa marque sans imaginer qu’elle deviendrait, quelques décennies plus tard, l’une des références absolues du cachemire de luxe.
Dans les années 1980 et 1990, ses pulls s’imposent par leur évidence : des pièces sobres, impeccablement coupées, dépourvues de logos tapageurs. Une élégance qui ne cherche pas à se faire remarquer, mais à accompagner le quotidien. Très vite, Cucinelli gagne un surnom qui lui collera à la peau : le roi du cachemire.
Un docu-film comme déclaration d’amour
Réalisé par Giuseppe Tornatore, Brunello, The Gracious Visionary adopte la forme d’un récit sensible. Images d’archives, témoignages de proches, séquences reconstituées : le film ne se contente pas de retracer une success story. Il cherche à comprendre ce qui anime l’homme derrière la marque.
Le choix de Tornatore n’est pas anodin. Son cinéma, empreint de nostalgie et d’humanisme, épouse parfaitement la philosophie de Cucinelli. Ensemble, ils construisent un portrait où le luxe n’est jamais une fin, mais un moyen : celui de préserver la beauté, le temps long et la dignité du travail.

Le refus du spectaculaire
Depuis toujours, Brunello Cucinelli revendique une mode sans effets.
“La simplicité m’a toujours fasciné”, confie-t-il. Une phrase qui résume toute sa démarche. Il parle de vêtements “bien faits”, conçus pour durer, pour être portés, aimés, transmis.
Face aux tendances éphémères, il oppose le concept de gentle luxury. Un luxe doux, respectueux, presque silencieux. Un luxe qui prend son temps, parce que la qualité — selon lui — exige attention, dévouement et créativité. Ici, la croissance n’est jamais brutale. Elle est pensée, mesurée, humaine.
Solomeo, cœur battant d’un idéal
C’est à Solomeo, petit village d’Ombrie, que Brunello Cucinelli vit et a choisi d’implanter le centre névralgique de sa maison. Un choix hautement symbolique. Là-bas, il restaure le patrimoine, investit dans l’éducation, protège les savoir-faire artisanaux.
C’est aussi dans ce décor que Tornatore a tourné le film. Solomeo devient alors le symbole d’une mode qui peut encore dialoguer avec la culture, la philosophie et le respect de l’humain.
Une philosophie en résistance douce
Ce que le film met en lumière, sans jamais l’énoncer frontalement, c’est la dimension presque politique de la démarche de Brunello Cucinelli. À rebours d’un capitalisme agressif, il défend une vision où l’entreprise ne doit pas écraser l’humain, mais l’élever. Il parle de “capitalisme humaniste”, un concept qu’il incarne plus qu’il ne théorise, en plaçant la dignité du travailleur au centre du système.
Cette position, loin des slogans et des manifestes, agit comme une résistance douce. Elle ne cherche pas à renverser l’ordre établi, mais à le réorienter. Le film capte cette tension silencieuse : celle d’un homme qui prouve, par l’exemple, qu’il est possible de réussir sans renoncer à ses principes.

Brunello, The Gracious Visionary
Quand le luxe devient langage culturel
À travers le regard de Tornatore, le luxe chez Cucinelli cesse d’être un simple secteur économique pour devenir un langage culturel. Les vêtements, les lieux, les gestes racontent une vision du monde où l’esthétique est indissociable de l’éthique. Chaque pull en cachemire devient ainsi le prolongement d’une idée plus vaste : celle d’un rapport apaisé au temps, au travail et à la beauté.
Dans un contexte où le luxe est souvent associé à la performance, à l’excès ou à la domination symbolique, Brunello, The Gracious Visionary propose une autre grammaire. Une grammaire faite de retenue, de transmission et de continuité. Le film ne glorifie pas la réussite : il interroge ce qu’elle signifie vraiment.
Un film, une leçon de lenteur
Présenté en avant-première au Teatro 22 de Cinecittà devant un cercle restreint d’invités, Brunello, The Gracious Visionary est actuellement à l’affiche en Italie. Sa sortie française est prévue courant 2026.
Mais au-delà des dates, le film laisse une impression durable : celle qu’un autre luxe est possible. Un luxe qui ne sacrifie ni le temps, ni les hommes, ni le sens.
À l’heure où la mode se réinvente dans l’urgence, Brunello Cucinelli rappelle, avec une élégance désarmante, que la véritable modernité consiste parfois à ralentir.




