
Musique
Dec 25, 2025
Christophe Chassol : l’homme qui écoute le monde pour en faire de la musique
Il y a des artistes qui jouent, et puis il y a Christophe Chassol, celui qui transforme le monde en partition vivante. À 49 ans, ce pianiste et arrangeur d’exception — collaborateur de Solange et Frank Ocean, musicien pour Phoenix ou Sébastien Tellier, compositeur pour le cinéma et la publicité — ne cesse de réinventer notre rapport au son. Les 17 et 18 avril 2026, il investira la Philharmonie de Paris avec Funny How, son projet audiovisuel le plus ambitieux à ce jour, où les rires, les respirations et les silences deviennent instruments et la scène, laboratoire d’harmonie.
De l’enfant prodige au chirurgien de l’harmonie
Entré au Conservatoire à quatre ans, formé au jazz dès l’adolescence, puis au Berklee College of Music de Boston, Chassol a toujours été attiré par les marges, les interstices, les subtilités que d’autres ne remarquent pas. Reprendre Gainsbourg ou Herbie Hancock avec ses amis à quinze ans, ou collaborer plus tard avec Solange et Frank Ocean, n’était jamais un simple travail technique : c’était une quête de sens, une exploration des rythmes invisibles du monde.
Pour Chassol, chaque note, chaque souffle, chaque silence raconte quelque chose. Son art est une manière de rendre audible ce qui, d’ordinaire, nous échappe : l’élan d’une respiration, le souffle d’une ville, la cadence d’une blague sur scène. En écoutant Chassol, on comprend que la musique n’est pas seulement ce qu’on joue, mais ce qu’on perçoit dans le monde autour de soi.

Christophe Chassol lors du Noël de Cartier en 2019 © Say Who
Les ultrascores : capter l’ordinaire pour le sublimer
Depuis Nola Chérie (2009) jusqu’à Big Sun (2015), Chassol a exploré ce qu’il appelle les ultrascores : des compositions construites à partir du réel, où les chants d’oiseaux, les murmures de rue, les voix humaines deviennent des instruments. Sa musique est à la fois scientifique et poétique, précise et libre. Elle nous apprend à écouter autrement, à trouver la beauté dans les détails, dans ce que nous considérons comme banal.
Chaque projet est une enquête minutieuse. Chassol ne se contente pas de filmer ou d’enregistrer : il observe, dissèque, transforme. Son art repose sur la conviction que tout est musique, pour peu qu’on sache l’entendre.
Funny How : le stand-up américain comme matière première
Avec Funny How, Chassol explore un territoire inédit : le stand-up américain. Mais ici, il ne s’agit pas seulement de capturer des comédiens sur scène. Chassol voit ces artistes comme de véritables virtuoses, jouant avec le rythme, le silence et la respiration comme un orchestre symphonique. Entre Chicago, New York et Los Angeles, il filme les performeurs dans les coulisses, les rues, les temps morts. Chaque souffle, chaque intonation, chaque tic devient matériau pour créer des partitions orchestrales uniques.
Ce projet est plus qu’un spectacle : c’est un regard sur le réel, une manière d’entendre le monde sous un autre angle, où la vie quotidienne, le comique et le musical se répondent. Le spectateur devient acteur de cette écoute : il ne regarde pas seulement un concert, il comprend la musique comme une lecture du monde.
Christophe Chassol, I'm Not A Real Person
Une écoute qui transcende les frontières
Chassol ne se limite pas aux sons de son environnement immédiat : il s’intéresse aux textures sonores du monde entier. Des marchés de Dakar aux quais de Tokyo, chaque lieu devient un laboratoire où les cultures, les langues et les rythmes dialoguent. Cette ouverture internationale enrichit ses compositions, créant des ponts entre jazz, musique classique, hip-hop et musiques traditionnelles. L’auditeur découvre que chaque ville, chaque communauté possède sa propre musique invisible, et que l’écoute attentive peut révéler des harmonies insoupçonnées.
La scène comme expérience immersive
Avec Funny How, Chassol transforme la scène en un espace sensoriel complet. Les spectateurs ne sont plus seulement auditeurs : ils deviennent co-créateurs de l’expérience, immergés dans un univers où lumière, image et son s’entrelacent. Les respirations, les murmures et les rires capturés se répondent aux projections visuelles, donnant l’impression de naviguer à travers un orchestre vivant. La performance se fait ainsi expérience totale, où le spectateur perçoit l’interdépendance entre l’ordinaire et le sublime, entre le quotidien et l’émotion esthétique.
L’art de transformer le banal en sublime
Chassol nous offre une leçon rare : le monde est toujours plus riche que ce que nous voyons. Comme un alchimiste sonore, il transforme les sons ordinaires — respirations, murmures, rires — en harmonies délicates et inattendues. Funny How est une invitation à ressentir l’intime et l’universel en même temps, à comprendre que la musique n’est pas seulement un art, mais une manière de percevoir la vie.
Les 17 et 18 avril 2026, à la Philharmonie de Paris, le public pourra expérimenter cette magie : voir le réel se transformer, entendre le monde devenir musique et, pour un instant, percevoir la vie comme Chassol l’entend.




