Mode

Jan 4, 2026

Le célèbre Monogram Louis Vuitton fête cette année ses 130 ans

Il y a quelque chose de singulier à sentir sous la paume des doigts un motif familier, une signature visuelle que l’on reconnaît presque sans y penser. Lorsque les lettres “LV” entrelacées surgissent, accompagnées de fleurs stylisées, elles ne sont pas seulement un signe du luxe : elles sont le reflet d’un récit qui a traversé plus d’un siècle, des mains des voyageurs solitaires aux rues animées des métropoles du monde. En 2026, le Monogram Louis Vuitton souffle ses 130 ans, et ce n’est pas une simple célébration de chiffre, mais un hommage à une odyssée esthétique et culturelle qui continue de se réinventer.


Une genèse parisienne : naissance d’un emblème

Ce voyage commence en 1896, à Paris, dans un atelier où le savoir-faire rencontre l’intuition créatrice. Georges Vuitton, héritier et artisan visionnaire, imagina un motif qui n’aurait rien d’anodin. Ce n’était pas seulement une barrière contre la contrefaçon, comme on l’imagine souvent : il voulait un signe qui devienne un langage visuel universel, capable de porter l’essence même de la Maison. Il entrelaça les initiales de son père, Louis, avec des formes florales délicates, puisées dans l’ornementation néogothique et inspirées par le japonisme, une esthétique alors en vogue qui fascinait les artistes européens.

Au départ, l’accueil fut hésitant. Le public, fidèle aux toiles rayées puis au Damier de 1888, était intrigué mais sceptique. Pourtant, cette tension entre tradition et audace allait devenir la force même du Monogram, qui ne tarda pas à s’imposer comme signature intemporelle et moteur d’une modernité élégante.


Collection Centenaire Louis Vuitton. Sac banane Vivienne Westwood stylisé par Basia Zamorska © Louis Vuitton


L’empreinte du voyage et de la vie

Alors que Paris rayonnait à travers le monde, les malles Louis Vuitton devinrent des compagnons essentiels de ceux qui osaient parcourir des distances alors considérées comme impossibles. Ces caisses, étanches et ingénieuses, n’étaient pas seulement des objets utiles : elles étaient des témoins de vies en mouvement, des gardiennes de secrets, d’aventures et d’horizons lointains. Portées par des figures emblématiques comme Paul Poiret, Dora Maar ou Francis Picabia, elles incarnèrent à la fois le statut social et le sens pratique d’un luxe qui se vit et se vit bien.

Plus tard, bien après les malles patinées par les routes poussiéreuses, le Monogram se fraya un chemin dans la culture populaire. Dans les années 1990, il fut détourné par Dapper Dan, tailleur d’Harlem puis figure de la logomania, qui le transforma en symbole revendiqué dans le milieu du hip-hop, porté par Run-D.M.C. ou LL Cool J, posant ainsi une autre pierre à l’édifice de sa modernité.


Un dialogue avec l’art contemporain

Si le Monogram avait initialement été conçu pour affirmer l’identité d’une Maison, il devint rapidement une toile ouverte à l’expression artistique. Sous la direction de créatifs comme Marc Jacobs, Nicolas Ghesquière, Virgil Abloh ou Pharrell Williams, le motif fut invité à se réinventer, à se mêler aux pulsations du monde. Les collaborations ont jalonné cette histoire, chacune ouvrant de nouvelles perspectives.

La rencontre entre Louis Vuitton et Takashi Murakami en 2003 fut l’un de ces moments où la mode et l’art fusionnent intensément. En transformant le Monogram avec une palette pop et des fleurs de cerisier éclatantes, Murakami insuffla au motif une joie immédiate et contagieuse. Cette collaboration donna naissance au Monogram Multicolore, qui reste aujourd’hui un symbole de la rencontre entre l’art contemporain et le design classique.

Les intersections créatives ne s’arrêtèrent pas là. Stephen Sprouse apporta l’énergie des graffiti, Richard Prince introduisit des éléments de narration picturale, Yayoi Kusama joua avec ses pois infinis, Jeff Koons ré-imagina des chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art à travers le Monogram, et Urs Fischer en proposa des abstractions oniriques. Chacun, à sa manière, transforma ce motif emblématique en une œuvre polymorphe qui transcende les frontières du temps et des disciplines.


Takashi Murakami devant l’une de ses œuvres pour Louis Vuitton (2025) © Louis Vuitton


Icônes et collections : un héritage réinventé

Au fil des décennies, certaines silhouettes de sacs sont devenues des icônes indissociables du Monogram. Le Speedy, compagnon urbain par excellence, la Keepall qui incarne l’esprit du voyage, le Noé né d’une commande de champagne, l’Alma empreint de sophistication, et le Neverfull, manifeste d’une élégance pratique, ont tous contribué à l’essor culturel du motif.

Pour célébrer le 160ᵉ anniversaire de la Maison, Louis Vuitton invita six artistes majeurs — Karl Lagerfeld, Frank Gehry, Cindy Sherman, Marc Newson, Christian Louboutin et Rei Kawakubo — à imaginer chacun un sac unique, réinterprétant le Monogram avec leur identité artistique propre. Peu après, lors du défilé automne-hiver 2017-2018, Kim Jones inaugurait une collaboration inédite avec Supreme, mêlant l’emblématique logo Louis Vuitton aux couleurs rouge et blanc signature de la marque streetwear, une rencontre audacieuse entre luxe et culture urbaine. En 2025, Louis Vuitton célébra la longévité de sa collaboration avec Takashi Murakami, rééditant certains de leurs modèles iconiques et donnant une seconde vie aux premières créations, rappelant combien le Monogram sait traverser le temps sans jamais perdre sa modernité.


Le Monogram dans l’imaginaire des grands collectionneurs

Au fil de son histoire, le Monogram Louis Vuitton n’a pas seulement séduit les amateurs de mode : il a fasciné des figures de l’aristocratie et des collectionneurs du monde entier. Dès les premiers temps de la Maison, des clients royaux d’Inde, comme le maharaja Jagatjit Singh de Kapurthala, possédaient des dizaines de malles personnalisées — certaines équipées de compartiments pour chaussures, thé ou polo — façonnant ainsi une tradition de commandes uniques et spectaculaires qui participèrent à l’aura internationale de la Maison. Aujourd’hui encore, ces pièces anciennes, inscrites dans des collections privées ou muséales, rappellent que le Monogram n’a jamais été seulement un signe de luxe mais aussi un objet de désir culturel et patrimonial — un pont entre utilité et prestige social qui dépasse les époques.


Collection du 130ème anniversaire du Monogram © Louis Vuitton


L’élégance du détail et la modernité des gestes

À l’aube de 2026, le Monogram ne se contente pas d’habiller les sacs ou les malles. Il racontre une histoire, une géographie du luxe qui mêle voyage, savoir-faire et identité culturelle. Il murmure le bruissement des ateliers, le froissement des toiles tannées et les éclats de couleurs d’une collaboration artistique, tout en restant fidèle à ses lignes et à sa rigueur graphique. C’est cette capacité à dialoguer avec le monde entier, tout en restant un emblème de l’excellence française, qui fait du Monogram une signature intemporelle.

Les nouvelles collections anniversaire, telles que Monogram Origine, Time Trunk et VVN, illustrent cette tension harmonieuse entre tradition et invention. La Maison ne célèbre pas seulement ses créations : elle réinvente le langage du Monogram, explore ses nuances, ses textures, ses volumes et ses possibilités narratives, transformant chaque pièce en un objet vivant, capable de parler au présent tout en honorant le passé.


Une philosophie du temps et du geste

Au-delà de l’histoire et de l’art, le Monogram incarne également une philosophie du temps et du geste. Chaque sac, chaque malle, chaque édition limitée raconte non seulement le voyage d’un objet, mais aussi celui de ses créateurs et de ses porteurs. Il transforme le quotidien en rituel esthétique, le banal en objet de désir, et révèle que le luxe ne réside pas seulement dans la matière, mais dans la manière dont une signature graphique peut traverser le temps tout en restant profondément vivante et contemporaine.


Audrey Hepburn est la première star à avoir fait du sac Speedy sa signature © Getty Images


Du patrimoine vivant à l’icône de la culture pop

Au-delà des salons feutrés et des grandes capitales du luxe, le Monogram a trouvé une seconde vie dans la culture populaire, se transformant en symbole générationnel et viral bien avant l’ère des réseaux sociaux. Des silhouettes comme la crossbody ou les versions compactes du Monogram sont devenues des accessoires de prédilection pour les styles urbains contemporains, illustrant comment un motif né pour des malles de voyage s’est adapté aux modes de vie actuels. Sur des plateformes comme TikTok, les sacs Monogram et leurs variations attirent des milliards de vues, montrant que ce motif continue de surgir dans l’imaginaire collectif bien au‑delà des podiums, devenant non seulement un signe de luxe mais une légende visuelle partagée globalement.


Sur les épaules des icônes : du cinéma à l’imaginaire collectif

Au‑delà des défilés et des vitrines, le Monogram Louis Vuitton s’est immiscé dans l’histoire du cinéma et des grandes icônes de style, contribuant à ancrer son esthétique dans l’imaginaire collectif mondial. Dans les années 1960, Audrey Hepburn apparaissait déjà avec un Speedy à l’aéroport d’Heathrow, symbole d’une élégance spontanée qui associait chic et mobilité — un moment photographié qui deviendra presque aussi célèbre que le motif lui‑même. Quelques décennies plus tard, Naomi Campbell a été aperçue à Paris, sac Monogram au bras, incarnant l’allure de la supermodel des années 1990 et 2000. D’autres célébrités comme Angelina Jolie ont aussi porté des créations Louis Vuitton lors d’événements internationaux, mêlant glamour hollywoodien et légende du voyage. Ces apparitions sur grand écran ou dans la presse ont amplifié le Monogram au‑delà de son statut d’objet de luxe, en faisant un vecteur d’histoires personnelles et collectivesque des millions de personnes associent à des moments culturels et émotionnels forts, bien au‑delà du seul domaine de la mode.


Un emblème générationnel et culturel

Aujourd’hui, alors que le Monogram souffle ses 130 ans, il devient également un véritable symbole générationnel : il parle aux amateurs de mode et de culture, aux collectionneurs et aux artistes, aux villes du monde entier où il s’affiche sur des vitrines comme sur des podiums, dans des collaborations audacieuses et des rééditions patrimoniales. Chaque réinterprétation, chaque nuance revisitée, chaque jeu de texture participe à la poésie infinie de ce motif, démontrant que certaines créations ne vieillissent pas, elles se réinventent sans cesse, et continuent de fasciner, d’inspirer et de créer des ponts entre passé et futur.

Le Monogram Louis Vuitton est aujourd’hui un véritable phénomène culturel. Il dépasse la simple maroquinerie pour devenir une icône mondiale, capable de traverser les générations et les styles. Des rues de Paris aux scènes de New York, du streetwear à la haute couture, des collaborations artistiques aux vitrines méticuleusement scénographiées, le motif parle un langage universel : celui de l’élégance, du voyage et de l’audace. Il reste un motif vivant, vibrant et poétique, capable de conjuguer mémoire et modernité, héritage et futur, dans une danse infinie entre tradition et innovation.

Partager

Partager

Choix de la rédaction

Accès privilégié 

Soyez parmi les premiers à explorer nos nouveautés et pièces exclusives.

Accès privilégié 

Soyez parmi les premiers à explorer nos nouveautés et pièces exclusives.

Accès privilégié 

Soyez parmi les premiers à explorer nos nouveautés et pièces exclusives.