Mode
Dec 12, 2025
Avant même sa sortie, le film "Marty Supreme" a déjà gagné la rue
Il y a des films qui attendent la salle obscure pour exister. Et puis il y a Marty Supreme.
Avant même que la première image ne clignote sur un écran de cinéma, le long-métrage de Josh Safdie s’est déjà installé ailleurs — dans la rue, sur les tapis rouges, dans les dressings, sur Instagram. Comme si le film avait décidé de vivre avant sa propre naissance.
Au centre de cette stratégie : Timothée Chalamet. 30 ans à peine, et une ambition qu’il ne cherche plus à dissimuler. En février 2025, lors des SAG Awards, il devient le plus jeune acteur à remporter le prix du meilleur acteur pour son incarnation de Bob Dylan. Sur scène, il lâche une phrase qui dérange autant qu’elle fascine : « Je suis en quête de grandeur. Je veux être l’un des grands. »
Ce n’est pas une déclaration de modestie. C’est un manifeste.
La question n’est alors plus de savoir si Chalamet est talentueux — le débat est clos depuis longtemps — mais comment, aujourd’hui, on fabrique une légende. Et Marty Supreme pourrait bien être sa réponse.
Quand le personnage déborde de l’écran
À l’approche de 2026, Timothée Chalamet ne se contente plus d’interpréter un rôle. Il l’habite, le performe, l’exporte. Marty Reisman — alias Marty Mauser — ancien prodige du ping-pong devenu icône de la contre-culture sportive américaine, semble avoir contaminé la réalité.
La frontière entre l’acteur et son personnage devient volontairement floue. Le faux appel Zoom “accidentellement divulgué”, où Chalamet expose à son équipe marketing des idées à la limite de l’absurde (peindre la Statue de la Liberté en orange, vraiment ?) ressemble moins à un leak qu’à une pièce de théâtre parfaitement réglée. Tout y est trop précis pour être innocent.
Et pourtant, certaines de ces idées prennent corps. En décembre dernier, un dirigeable orange fend le ciel de Beverly Hills, quelques heures avant l’avant-première du film à Los Angeles. L’orange devient un signal. Une couleur totem. Chalamet la compare lui-même au rose de Barbie. Même logique : imposer une teinte, créer une obsession, saturer l’imaginaire.

Timothée Chalamet et Kylie Jenner à l’avant-première du film Marty Supreme à Los Angeles, le 8 décembre 2025 © Getty Images
L’orange comme langage, le vêtement comme manifeste
Ce glissement du cinéma vers la mode ne doit rien au hasard. Il s’inscrit dans une tradition bien connue : le method dressing. Mais ici, le concept est poussé à son paroxysme. Chalamet ne “s’inspire” pas du film. Il en devient l’extension.
Sur les tapis rouges, il enchaîne les silhouettes colorblock, notamment celles imaginées sur mesure par Sarah Burton pour Givenchy. À ses côtés, Kylie Jenner adopte elle aussi le code, notamment via des ensembles Chrome Hearts coordonnés. Même Gwyneth Paltrow entre dans le jeu, débarquant chez Seth Meyers dans un survêtement Lacoste orange vif, clin d’œil appuyé à l’esthétique du film.
Marty Supreme n’est plus un film. C’est une palette, une attitude, une posture.
Le coupe-vent comme uniforme culturel
Mais l’opération la plus révélatrice reste sans doute celle des coupe-vent Marty Supreme.
Des vestes inspirées des années 1990, frappées de trois étoiles brodées, pensées comme l’uniforme officieux du film. Derrière leur création : Doni Nahmias, la styliste Taylor McNeill — collaboratrice fidèle de Chalamet — et les studios A24.
Avant même leur mise en vente, ces pièces sont mises en scène sur Kendall Jenner, Hailey Bieber, Kid Cudi, Bill Nye, Tom Brady, Michael Phelps, Misty Copeland ou encore Lamine Yamal. Une constellation de figures issues de mondes différents, réunies par un même symbole.
Résultat : des boutiques éphémères, des vestes à près de 250 dollars, et une adoption quasi immédiate.
Ce n’est plus du merchandising. C’est de la mythologie textile.

© Instagram Kendall Jenner
La mode comme prolongement narratif
Ce phénomène n’est pas isolé. A24, encore, avait déjà expérimenté cette hybridation avec Challengers et ses t-shirts I told ya, devenus viraux bien au-delà du film. Luca Guadagnino l’a répété avec Queer. Nicole Kidman s’est elle-même prêtée au jeu en arpentant New York avec un t-shirt Babygirl, titre de son projet produit par le studio.
Mais avec Marty Supreme, l’opération franchit un cap.
Parce que Timothée Chalamet ne vend pas seulement un film. Il vend une idée de la grandeur. Une obsession de l’empreinte. Une manière de dire que, désormais, une œuvre ne se contente plus d’être regardée : elle doit être portée.
Parodie ultra-maîtrisée ou coup de génie marketing, peu importe finalement. Le faux appel Zoom disait vrai sur un point essentiel : tout le monde parle de Marty Supreme. Et avant même d’entrer en salles, le film est déjà devenu un objet de désir, un terrain de projection collective, un phénomène mode à part entière.
La question n’est plus quand le film sortira.
Mais jusqu’où son esthétique continuera d’infiltrer nos vies.




