Art
Dec 3, 2025
David Lynch à Berlin : l’imaginaire entre peinture, photographie et cinéma
À partir du 29 janvier et jusqu’au 22 mars 2026, la Pace Gallery de Berlin présentera une exposition majeure consacrée à David Lynch, l’un des artistes les plus singuliers et influents de notre époque. Loin de se cantonner à sa légende cinématographique — Twin Peaks, Mulholland Drive, Blue Velvet — cette présentation met en lumière une facette moins connue, mais tout aussi essentielle du travail de Lynch : sa production plastique, picturale, photographique et sculpturale.
L’exposition, intitulée “David Lynch : Berlin 1999–2026”, se tient dans l’un des nouveaux espaces de Pace à Berlin, aménagé dans une ancienne station-service rénovée, symbole d’un renouveau contemporain pour la scène artistique berlinoise. Elle rassemble une sélection transdisciplinaire d’œuvres créées entre 1999 et 2022, incluant peintures inédites, aquarelles, sculptures‑lampes, courts métrages et une série emblématique de photographies en noir et blanc prises par Lynch à Berlin en 1999.
Quand l’artiste se met derrière l’objectif
L’un des points forts de l’exposition est sans doute la présence de photographies réalisées par Lynch lui‑même à Berlin à la fin des années 1990, au cœur de paysages industriels désaffectés — usines, cheminées, machineries lourdes, fenêtres cassées et structures monumentales à l’abandon. Ces images, toutes en noir et blanc, révèlent une fascination singulière pour ce que l’artiste appelait la “beauté émotionnelle des ruines” : une esthétique qui n’est pas seulement visuelle, mais atmosphérique, mélange de mystère, de silence et de mémoire du progrès industriel.
Cette série berlinoise trouve une résonance particulière aujourd’hui, dans un monde qui réévalue ce que signifie le passage du temps, l’effondrement des architectures et la poésie des lieux abandonnés. Pour Lynch, la photographie n’est jamais un simple enregistrement ; c’est une prolongation de son cinéma intérieur, où l’ombre, le tissu du réel et l’énigme se rencontrent.

David Lynch © Getty Images
Peinture et surréalisme : le rêve avant le film
À côté de ces images photographiques, l’exposition met en avant des peintures et aquarelles inédites, certaines présentées dans des cadres spécialement conçus par l’artiste. Lynch, qui étudia la peinture à la Corcoran School of the Arts and Design, puis à la School of the Museum of Fine Arts de Boston et à la Pennsylvania Academy of the Fine Arts, n’a jamais cessé de considérer la peinture comme sa première langue visuelle.
Ses toiles, souvent peuplées d’images énigmatiques, de figures fragmentées et de paysages oniriques, prolongent une esthétique que les cinéphiles reconnaissent immédiatement : le même sens du surréel, de l’inattendu et de la tension. L’intégration de textes, de récits implicites et de motifs récurrents — autant de traits lynchiens — souligne à quel point son travail plastique est le pendant pictural de son cinéma.
Objets lumineux et sculpture : l’espace comme présence
L’exposition présente aussi trois sculptures‑lampes, œuvres tridimensionnelles qui mêlent acier, résine, plexiglas, plâtre et bois. Ces pièces, à la fois objets utilitaires et artefacts visuels, incarnent l’intérêt de Lynch pour la matérialité et l’atmosphère. Elles transforment le parcours en une expérience immersive, où la lumière elle‑même devient un élément narratif.
C’est une démarche que Lynch explore depuis longtemps : faire de l’œuvre d’art un espace habitable, un lieu où le spectateur est invité à sentir, à se perdre, à contempler autant qu’à se confronter à l’inconnu.

David Lynch, Tree at Night, 2019 © Courtesy Pace Gallery
Cinéma et peinture : un dialogue permanent
Des courts métrages — certains des premiers travaux expérimentaux de Lynch — complètent cette installation, offrant une boucle narrative entre peinture, photographie et film. Ils rappellent l’origine des images lynchiennes : une fusion entre mouvement, narration visuelle et introspection.
Ce lien intime entre cinéma et représentation plastique est au cœur de l’exposition : il n’y a pas ici deux disciplines séparées, mais une matrice unique de pensée visuelle qui a traversé toute la carrière de Lynch, en écho à ses plus grands films, mais aussi à ses explorations les plus secrètes.
Un prélude à Los Angeles et à la conscience visuelle du XXIᵉ siècle
“David Lynch : Berlin 1999–2026” n’est pas seulement une exposition berlinoise : elle précède une rétrospective encore plus vaste de l’œuvre de toute une vie qui ouvrira à l’automne 2026 à la Pace Gallery de Los Angeles. Cela souligne l’ambition de présenter Lynch non pas comme un cinéaste isolé, mais comme un artiste visuel global, dont la pensée a traversé les écrans, les toiles, les tirages et les installations lumineuses.
En réunissant ces œuvres pluridisciplinaires, la Pace Gallery invite le public à redécouvrir le travail de Lynch comme un univers où réalité et rêve, visible et invisible, se superposent — un univers qui, une fois exploré, ne se quitte plus.
David Lynch : Berlin 1999–2026, à la Pace Gallery de Berlin, du 29 janvier au 22 mars 2026.




