Mode
Dec 20, 2025
De la lingerie à l’espace public, le porte-jarretelles redessine le désir dans la mode
Il n’est ni nouveau, ni innocent.
Le porte-jarretelles revient, mais il ne demande plus la permission. En 2026, il ne se cache plus sous les robes, ne se limite plus à l’intime. Il s’exhibe, se détourne, se stylise. Et surtout, il change de statut.
Ce petit bout de tissu, longtemps cantonné à la sensualité codifiée, devient un manifeste visuel. Une pièce de mode à part entière, chargée d’histoire, de désir et de subversion.
Un objet né du soin, devenu symbole
Avant d’être fantasme, le porte-jarretelles est d’abord une réponse médicale.
En 1876, le corsetier français Féréol Dedieu l’imagine pour remplacer la jarretière, utilisée depuis le XIIᵉ siècle et accusée d’entraver la circulation sanguine. Loin de l’érotisme, donc. Le geste est pragmatique, presque progressiste.
Adopté rapidement en Angleterre et aux États-Unis, il met plus de temps à séduire la France. Ce n’est qu’à partir des années 1950 que les couturiers s’en emparent, le transformant en objet de séduction assumée. Puis vient la révolution du collant, dans les années 1960, qui le relègue à l’arrière-plan.
Il faudra attendre les années 1970 et l’audace de Chantal Thomas pour qu’il réapparaisse, libéré, revendiqué, féministe avant l’heure.

Défilé automne-hiver 1994-1995 © John Galliano
Quand le podium rallume la flamme
Sur les podiums, le porte-jarretelles ne surgit jamais par hasard.
L’une de ses apparitions les plus marquantes reste celle de John Galliano lors du défilé automne-hiver 1994-1995. À l’époque, le créateur traverse une période de précarité extrême. Il dort à même le sol, doute, vacille. Puis tout bascule.
Porté par de nouveaux soutiens et accueilli dans l’hôtel particulier de Maria “São” Schlumberger, Galliano livre une collection flamboyante, fusionnant Orient et Occident, kimonos et glamour des années 1940. Le porte-jarretelles y apparaît comme un fil tendu entre fragilité et puissance. Une déclaration esthétique, mais aussi personnelle. Le début d’une légende.
De l’intime à l’urbain
Plus récemment, c’est Anthony Vaccarello qui redonne au porte-jarretelles une place centrale, à la tête de Saint Laurent. Mais cette fois, il ne s’agit plus de lingerie.
Intégrée à des mini-robes en soie chocolat ou ocre, la pièce se détache de l’univers de la chambre pour investir celui de la rue. Elle devient structure, ligne, tension visuelle.
Le message est clair : la sensualité n’a plus besoin d’être cachée pour exister.

Défilé automne-hiver 2024-2025 © Yves Saint Laurent
Haute couture du désir
Aujourd’hui, le porte-jarretelles se décline dans des versions couture, travaillées comme des bijoux. Dentelles délicates, tulles transparents, pompons, jeux de volumes et de brillance. Une sophistication qui n’a rien d’anecdotique.
En 2022, Bella Hadid en donnait une lecture radicale dans un look sur mesure signé Dilara Fındıkoğlu, à la sortie de l’afterparty du Met Gala. Quelques mois plus tard, Alessandra Ambrosio s’appropriait à son tour la tendance dans un ensemble trompe-l’œil Balenciaga, brouillant volontairement les frontières entre sous-vêtement et vêtement.
Une pièce, mille lectures
Reste la question essentielle : le porte-jarretelles peut-il survivre à l’épreuve de la rue ?
La réponse semble déjà là. Il ne s’agit plus de provocation gratuite, mais de réappropriation. Le porter devient un choix, une posture, parfois un jeu de contraste sous un manteau oversize ou une jupe taille basse.
Que l’on choisisse de le garder pour soi ou de l’exposer, une règle demeure : la justesse. Miser sur des teintes intemporelles — le noir, surtout — et laisser la pièce parler sans la surcharger.
En 2026, le porte-jarretelles ne cherche plus à séduire.
Il affirme.
Et rappelle que la mode, lorsqu’elle touche au corps, raconte toujours quelque chose de plus vaste : le pouvoir de se montrer, ou non, selon ses propres règles.




