Design
Dec 1, 2025
Hector Guimard : un musée pour célébrer le maître de l’Art nouveau à Paris
Paris s’apprête à accueillir un nouvel écrin pour l’Art nouveau : le très attendu musée Guimard, consacré à Hector Guimard (1867–1942), ouvrira ses portes fin 2027 ou début 2028 dans l’un de ses chefs-d’œuvre architecturaux, l’hôtel Mezzara. Une occasion unique de découvrir l’univers foisonnant de ce visionnaire, dont les marquises vertes, lampadaires sinueux et emblématiques entrées de métro continuent de captiver les regards du monde entier.
Une œuvre totale, bien au-delà de l’architecture
Hector Guimard n’était pas seulement architecte : il était l’un des rares créateurs de son temps à concevoir l’espace comme un tout cohérent. Façades, escaliers, ferronneries, poignées de porte, mobilier, typographies — rien n’était laissé au hasard. Son ambition était claire : abolir la frontière entre arts majeurs et arts décoratifs, et faire de chaque bâtiment une œuvre globale, immersive.
Cette approche, aujourd’hui qualifiée de design total, place Guimard parmi les pionniers d’une modernité encore à l’œuvre dans la création contemporaine. Le futur musée permettra de saisir cette vision transversale, où chaque détail participe d’un même langage formel, organique et fluide.
Les entrées du métro parisien, manifeste de l’esthétique Guimard
Parmi ses créations les plus célèbres figurent les entrées du métro parisien, conçues à partir de 1900 pour accompagner la naissance du métropolitain. Ces structures en fonte aux lignes organiques, longtemps décriées avant d’être célébrées, sont aujourd’hui indissociables de l’image de Paris et témoignent de la volonté de Guimard de faire entrer l’art dans le quotidien. Leur présence dans l’espace public incarne à elle seule l’ambition d’un créateur désireux de démocratiser la beauté.

L'entrée du métro Place Dauphine, réalisée en 1902 par Hector Guimard © Getty Images
Une modernité incomprise, puis réhabilitée
De son vivant, Guimard a souvent été critiqué pour l’audace de ses formes. Jugée excessive, trop libre, trop éloignée des canons classiques, son architecture fut progressivement marginalisée après la Première Guerre mondiale, au profit d’un modernisme plus rationnel.
Il faudra attendre la seconde moitié du XXᵉ siècle pour que son œuvre soit pleinement réévaluée. Aujourd’hui, elle est reconnue comme l’une des expressions les plus abouties de l’Art nouveau européen, au même titre que Horta à Bruxelles ou Gaudí à Barcelone. Le musée Guimard s’inscrit dans cette relecture tardive mais essentielle.
Un projet porté par deux passionnés
Derrière cette initiative, deux hommes s’activent depuis des années pour donner vie au musée : Fabien Choné, président d’Hector Guimard Diffusion, et Nicolas Horiot, à la tête du Cercle Guimard. Ensemble, ils ont rassemblé une centaine de pièces rares, entre mobilier, céramiques, verrines lumineuses et garde-corps en fonte. Chaque objet raconte un fragment de l’histoire créative de Guimard, révélant à la fois la poésie de ses formes et la précision de son génie technique.
L’hôtel Mezzara : un bâtiment emblématique restauré
Choisi pour accueillir le musée, l’hôtel Mezzara, construit en 1910 pour le riche industriel textile Paul Mezzara, est classé monument historique. Après avoir servi d’annexe au lycée Jean-Zay, il avait été abandonné pendant une décennie avant que l’État ne signe un bail de 50 ans avec la Foncière Mezzara, dirigée par Fabien Choné. Les travaux de restauration, évalués à six millions d’euros, débuteront fin 2026 et mobiliseront artisans d’art, restaurateurs et experts de l’Art nouveau, afin de redonner au bâtiment toute sa splendeur originale.

© Hôtel Mezzara
Un lieu de transmission et de pédagogie
Au-delà de la contemplation, le musée Guimard ambitionne de devenir un lieu de transmission. Expositions temporaires, conférences, programmes pédagogiques et collaborations avec des écoles d’architecture et de design viendront enrichir la programmation.
L’objectif : replacer Guimard dans une histoire longue, montrer son influence sur la création contemporaine, et faire dialoguer son héritage avec les enjeux esthétiques et urbains d’aujourd’hui.
Une expérience immersive et vivante
Au-delà de l’exposition des pièces originales, le musée proposera une expérience en réalité virtuelle, permettant de revivre la salle de concerts Humbert de Romans, construite par Guimard en 1901. Les visiteurs pourront également acquérir des rééditions d’œuvres, réalisées par des artisans spécialisés, prolongeant ainsi le dialogue entre patrimoine et création contemporaine. Avec un jardin de 700 m² et un café donnant sur l’extérieur, le musée promet une immersion complète dans l’univers du maître.
Réparer une injustice et rayonner internationalement
« Ce nouveau musée participera au rayonnement de Paris comme capitale de l’Art nouveau, aux côtés de Bruxelles et Barcelone », souligne le communiqué officiel. Pour Nicolas Horiot, il s’agit aussi de réparer une injustice : Hector Guimard n’avait jamais eu de musée qui lui soit entièrement dédié, alors même que son œuvre a façonné l’identité visuelle de Paris. Cette reconnaissance tardive mais nécessaire permettra aux visiteurs de comprendre l’étendue de sa créativité, entre architecture, design et art décoratif.




