Design

Nov 25, 2025

Jieldé : 75 ans de lumière industrielle et de design français

Graphique, ludique, indestructible : la lampe Jieldé fête ses 75 ans et traverse le temps sans jamais perdre de sa modernité. Née dans les ateliers lyonnais au début des années 1950, elle incarne un équilibre rare entre ingéniosité mécanique et esthétique minimaliste, devenu au fil des décennies une véritable icône du design industriel français.

Objet de travail avant d’être objet de désir, la Jieldé raconte une autre histoire du design : celle d’une création née de l’usage, façonnée par la contrainte, et élevée au rang de référence par sa justesse fonctionnelle. À l’heure où le design se veut parfois spectaculaire, elle rappelle qu’un objet peut devenir culte par sa seule pertinence.


Une lampe née d’une nécessité

Tout commence en 1949 avec Jean-Louis Domecq, ingénieur mécanicien lyonnais. Lassé de voir ses lampes se briser au moindre réglage, il imagine un système aussi simple que révolutionnaire : faire circuler l’électricité directement à travers des rotules conductrices, supprimant fils apparents et points de fragilité. L’objectif n’est pas esthétique, mais pragmatique : créer un outil fiable, pensé pour un usage quotidien intensif.

Inspiré par les lampes articulées existantes, comme l’Anglepoise ou la Gras, Domecq en perçoit rapidement les limites techniques. Il conçoit alors un objet robuste, modulable et réparable, où chaque pièce a une fonction précise et peut être remplacée. Un design pensé pour durer, à rebours de toute logique d’obsolescence.

En 1953, la Jieldé voit officiellement le jour — contraction des initiales de son créateur — et s’impose rapidement dans les ateliers, les bureaux d’études et les garages. Sa tête pivotante, ses bras articulés et sa base lourde en font un compagnon fidèle des ouvriers et des dessinateurs techniques. Plus qu’une lampe, elle devient le symbole d’un design honnête, où la mécanique s’exprime sans fard.


Dans les usines de Saint-Priest, le modèle définitif de la lampe Jildé voit le jour en 1953 © Getty Images


Du métal à la poésie industrielle

L’esthétique de la Jieldé est d’une simplicité radicale : aucun ornement superflu, seulement une structure articulée en zigzag, du métal patiné, et la précision visible de ses articulations. Pourtant, cette sobriété fonctionnelle dégage une forme de poésie industrielle, où chaque trace d’usure raconte un geste, un usage, une histoire.

Les couleurs participent pleinement à cette identité. Le Gris Machine, le Vert Vespa ou encore les déclinaisons contemporaines en finitions métalliques évoquent à la fois l’héritage industriel et l’esprit d’innovation de l’après-guerre. La Jieldé ne cherche pas à masquer son passé : elle l’assume, le revendique, et le transforme en force esthétique.

Dans les années 1980, alors que le goût pour le vintage industriel refait surface, décorateurs et collectionneurs redécouvrent la lampe, désormais surnommée Loft. Elle quitte progressivement les ateliers pour investir les intérieurs parisiens, les lofts new-yorkais et les espaces créatifs, devenant un marqueur culturel autant qu’un objet fonctionnel.


Les lampes sont toujours fabriquées à la main, avec les outillages d’origine, dans les ateliers de Saint-Priest © Getty Images


Une icône adoptée par le monde du design

À partir de 1998, sous l’impulsion de Philippe Bélier, la marque connaît un nouveau souffle. Les gammes s’élargissent, avec l’apparition de suspensions et la réédition de modèles emblématiques, dont la version miniature Signal. Cette renaissance respecte scrupuleusement l’ADN originel tout en l’adaptant à de nouveaux usages.

Le succès dépasse rapidement les frontières françaises. Le Japon et les pays scandinaves, sensibles à la rigueur formelle et à la durabilité des objets, adoptent la Jieldé comme un symbole d’épure fonctionnelle. La lampe devient alors un pont entre cultures, un objet universel dont le langage est celui de la justesse et de la solidité.


Une production fidèle à son héritage

Aujourd’hui encore, environ 15 000 lampes sont produites chaque année à Saint-Priest, dans la métropole lyonnaise, selon les méthodes d’origine et entièrement à la main. Chaque exemplaire porte une plaque numérotée fixée sur la tête pivotante, garantissant son authenticité et son unicité.

Une trentaine de coloris sont proposés, de l’orange vif au vieux rose, en passant par des finitions en métal brossé. Cette diversité chromatique témoigne de la capacité de la Jieldé à évoluer sans jamais se renier, à dialoguer avec les intérieurs contemporains tout en conservant son âme d’objet ouvrier.

À 75 ans, la Jieldé conserve son ADN d’outil industriel et continue de briller comme un témoin vivant de l’histoire du design français. Elle prouve que robustessefonctionnalité et élégance peuvent non seulement coexister, mais se renforcer mutuellement. Plus qu’une lampe, la Jieldé est une icône durable, un héritage lumineux où la techniquerencontre la poésie.

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