Art
Jan 7, 2026
Kid Cudi propose sa première exposition de peinture gratuite à Paris
Lorsqu’on prononce le nom Kid Cudi, c’est d’abord la musique qui résonne : un rappeur pionnier qui a redéfini l’expression du hip-hop émotionnel, de Day ’N’ Nite à ses collaborations les plus introspectives. Pourtant, à partir du 30 janvier, c’est une autre facette de cet artiste hybride qui s’installera dans le Marais. Pour la première fois de sa carrière, Scott Mescudi — alias Kid Cudi — présente une exposition de peintures intitulée Echoes of the Past à la galerie Ruttkowski;68 à Paris. L’entrée est offerte à tous, une rareté dans le monde de l’art contemporain.
Ce basculement du sonore au visuel n’est pas anodin. Cudi boit à la source de ses inspirations les plus profondes pour proposer au public une expérience immersive : il ne s’agit pas seulement de contempler des toiles, mais d’entrer dans une intimité créative, un paysage mental façonné par le passé, les rêves, les démons et les paysages de la mémoire.
Echoes of the Past : une peinture comme introspection
Ce titre, Echoes of the Past, évoque une invitation à revisiter des souvenirs, à écouter les réverbérations de moments enfouis dans le temps. L’exposition s’ouvre le 30 janvier avec un vernissage public de 17h à 20h, puis reste accessible gratuitement jusqu’au 1ᵉʳ mars 2026 dans la galerie du 8 rue Charlot, dans le 3ᵉ arrondissement.
Les œuvres exposées reflètent une démarche introspective encore récente dans la carrière artistique de Cudi. Il a peint sa première toile il y a un peu plus d’un an, et ce premier geste pictural a agi comme un catalyseur qui a transformé sa pratique créative. Là où ses chansons parlent souvent des sentiments d’aliénation, de mélancolie et de quête intérieure, ses toiles transposent ces mêmes thèmes dans un univers visuel onirique, presque cinématographique.
Au fil de ses créations, c’est un personnage appelé Max qui renaît sur la toile — un alter ego qui habite les situations les plus troublantes et les plus lumineuses de ce que Cudi a vécu. Les toiles agissent comme des fragments d’un journal intime visuel, où se mêlent rêve et réalité, lucidité et fantaisie.

Affiche officielle de l'exposition Echoes of the Past © Kid Cudi
Art Basel comme déclic
Début décembre, Scott Mescudi a franchi une étape symbolique en se rendant pour la première fois à Art Basel Miami. Un déplacement chargé de sens, non pas comme musicien, mais comme artiste visuel en devenir. Depuis plusieurs mois, Mescudi peint presque quotidiennement. Il est notamment à l’origine de la couverture de Cudi: The Memoir, ouvrage dans lequel il revient sans détour sur ses combats contre la dépression et l’addiction — ces « démons » qui ont longtemps nourri son œuvre musicale. La peinture s’est imposée comme un nouvel espace de travail intérieur, une manière d’explorer, de traiter et de déconstruire ces expériences passées autrement que par le son. Sur la toile, elles prennent souvent la forme de visions flottantes, peuplées par Max, plongé dans des scènes à la frontière du rêve et du cauchemar.
La naissance publique de Scotty Ramon
C’est dans ce contexte qu’a eu lieu, le 5 décembre, la projection spéciale de son documentaire Echoes of the Past au Miami Beach EDITION. Si Kid Cudi n’a plus besoin d’introduction, son alter ego de peintre, Scotty Ramon, s’est vu présenté officiellement au public à cette occasion. Le film offre un regard intime sur son processus créatif, alors qu’il se prépare à sa première exposition personnelle à Paris. Intégrée à la programmation culturelle d’EDITION durant Miami Art Week, la projection s’inscrivait dans une vision où l’hôtellerie devient une plateforme d’expression artistique. « Accueillir le film pendant Miami Art Week était délibéré : c’est un moment où la ville devient une scène mondiale pour la culture et la créativité », expliquait George Fleck, directeur global de la marque. Une manière d’assister, presque en direct, à la confrontation vulnérable d’un artiste avec un nouveau médium.
Une exposition sonore immersive
Ce qui distingue Echoes of the Past des expositions classiques, c’est que la peinture ne se vit pas en silence. Kid Cudi a composé une bande-son originale, pensée pour accompagner le visiteur tout au long de la visite. Cette pièce sonore fait office de pont entre son art musical et visuel, créant une atmosphère enveloppante où chaque toile semble résonner d’échos émotionnels et auditifs.
Ce mariage du son et de l’image donne à l’exposition une dimension presque multisensorielle. Le visiteur n’est plus seulement spectateur : il est invité à écouter avec les yeux et regarder avec les oreilles — une expérience qui reflète bien l’esprit polymorphe de Kid Cudi lui-même.

Kid Cudi lors de la projection spéciale de son documentaire Echoes of the Past, organisée le 5 décembre au Miami Beach EDITION© Courtesy of The Miami Beach EDITION
Scotty Ramon : l’identité artistique au-delà du micro
Sous son alias pictural Scotty Ramon — un nom qui intègre deux de ses prénoms —, Kid Cudi explore une liberté créative longtemps contenue derrière la structure de la musique commerciale. Dans une récente interview accordée lors d’une projection spéciale de son documentaire Echoes of the Past à Miami, Cudi a expliqué comment la peinture est devenue, pour lui, un moyen d’exprimer ses pensées les plus profondes, ses douleurs passées et ses visions intérieures.
Il y décrit la peinture comme un espace de réflexion et de croissance personnelle, une manière d'aborder ses luttes, son histoire et même sa propre guérison. Certaines œuvres reprennent des thèmes abordés dans ses chansons, d’autres plongent dans des territoires totalement nouveaux, inscrivant Cudi dans la lignée d’artistes contemporains capables de transcender les frontières des médiums.
Ruttkowski;68 : une galerie au cœur de l’avant-garde
Située dans le quartier du Marais, Ruttkowski;68 est une galerie réputée pour sa programmation avant-garde et sa capacité à brouiller les lignes entre les formes d’art traditionnelles et contemporaines. Fondée à l’origine en Allemagne et présente aujourd’hui à Paris, la galerie s’intéresse à des pratiques variées allant de la peinture à l’installation et aux médias basés sur le temps. C’est dans cet environnement audacieux et expérimental que l’univers visuel de Kid Cudi trouve un écrin parfaitement adapté.
Le choix de Paris n’est pas non plus fortuit. Ville d’art et d’histoire, capitale des avant-gardes depuis des siècles, Paris offre un contexte où création musicale et arts visuels se rencontrent naturellement, où un public diversifié est prêt à accueillir des pratiques hybrides et des voix nouvelles.
Une exposition qui raconte bien plus qu’une première
Echoes of the Past n’est pas simplement la première exposition de peinture de Kid Cudi : elle est le point de convergence d’un parcours artistique pluriel. Du Midwest des États-Unis aux galeries d’Europe, de la scène musicale mondiale aux murs blancs d’un espace d’art contemporain, Cudi incarne aujourd’hui l’idée que l’artiste ne se limite jamais à un seul médium.
Ce passage du studio d’enregistrement à l’atelier pictural illustre une démarche où chaque œuvre est une exploration, chaque toile une confession et chaque couleur un écho du passé. Pour Paris, c’est une invitation unique à redécouvrir un créateur aimé pour sa musique, mais à travers une dimension visuelle profondément personnelle et émotive.




