Design
Oct 27, 2025
Le fauteuil "Butterfly" : pourquoi cette forme continue de traverser le temps
On l’a tous déjà croisé. Une structure fine en acier, une assise suspendue en cuir ou en toile, une silhouette presque évidente. Le fauteuil Butterfly ne s’impose pas par le volume, mais par la justesse. Et s’il continue d’être réédité, copié et réinterprété aujourd’hui, ce n’est pas par nostalgie, mais parce que sa forme n’a jamais cessé d’être actuelle.
Une invention née du mouvement moderne
Conçu en 1938 à Buenos Aires par Antonio Bonet, Juan Kurchan et Jorge Ferrari-Hardoy, le fauteuil BKF — plus connu sous le nom de Butterfly — s’inscrit dans un moment charnière du design moderne. Inspiré de la chaise Tripolina, il en conserve le principe fondamental : une structure légère et une assise souple, tendue comme un hamac.
Mais là où la Tripolina relevait encore du mobilier fonctionnel, presque utilitaire, le BKF opère un basculement. Les lignes s’épurent, le métal tubulaire devient structure visible, et le confort naît de la suspension plutôt que du rembourrage. Le corps n’est plus contraint : il est accueilli.

Fauteuil Butterfly, modèle AA © Airborne
Une reconnaissance rapide, puis mondiale
Présenté au Salon des Artistes Décorateurs de Buenos Aires en 1940, le fauteuil est rapidement remarqué. Edgar Kaufmann Jr., alors conservateur au MoMA de New York, l’intègre à la collection permanente du musée en 1944. Ce geste institutionnel ancre définitivement le Butterfly dans l’histoire du design.
Dès lors, le fauteuil circule. Il s’installe aussi bien dans les intérieurs privés que dans les espaces publics. Sa légèreté visuelle, sa facilité d’installation et son absence de hiérarchie stylistique en font un objet étonnamment adaptable.
Rééditions, copies et glissements
Dans les années 1950, la maison française Airborne acquiert les droits de production et rebaptise le modèle AA, en référence à Architecture d’Aujourd’hui. Le fauteuil se décline alors en cuir, en toile, en versions intérieures et extérieures. Il devient un standard.
Parallèlement, les copies se multiplient. Dès les années 1960, le Butterfly est reproduit à grande échelle, parfois sans licence, parfois avec des variations assumées. Ce phénomène de diffusion massive participe paradoxalement à son statut d’icône : le fauteuil devient reconnaissable avant même d’être identifié.

Fauteuil en cuir Butterfly © Alinea
Pourquoi il fonctionne encore aujourd’hui
Si le Butterfly résiste au temps, c’est parce qu’il repose sur un équilibre rare. Visuellement léger, il occupe peu l’espace. Fonctionnellement, il épouse le corps sans l’enfermer. Esthétiquement, il refuse l’effet de style.
Il s’intègre aussi bien dans un intérieur bohème que dans un espace industriel, dans un salon contemporain ou sur une terrasse. Sa structure visible dialogue avec le métal, le béton ou le bois brut, tandis que son assise apporte une dimension presque textile, souple, vivante.
Une forme ouverte à la réinvention
Aujourd’hui, le fauteuil Butterfly continue d’inspirer designers et éditeurs. Certains revisitent les proportions, d’autres explorent de nouveaux matériaux : aluminium allégé, textiles recyclés, cuirs traités différemment. Le principe reste le même, mais les usages évoluent.
Les éditions originales, notamment celles produites par Airborne ou Knoll, sont désormais très recherchées sur le marché du design. En parallèle, des versions plus accessibles coexistent, preuve que l’objet circule entre patrimoine et quotidien sans jamais se figer.
Une actualité silencieuse
Le Butterfly n’a pas besoin d’être réinventé pour rester pertinent. Il traverse les tendances parce qu’il n’en dépend pas. Sa forme répond à une évidence : celle du corps, de la gravité, de l’espace.
S’il est encore là aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’il appartient au passé, mais parce qu’il continue de dialoguer avec le présent. Et c’est peut-être cela, au fond, la véritable définition d’un design intemporel.




