
Musique
Dec 24, 2025
Meshell Ndegeocello : la nu-soul à la rencontre de James Baldwin
En mars 2026, la Philharmonie de Paris accueillera l’une des voix les plus singulières de la nu-soul : Meshell Ndegeocello. Bassiste, chanteuse, rappeuse et autrice-compositrice, elle défendra sur scène son dernier opus No More Water: The Gospel of James Baldwin, une odyssée musicale née d’une décennie de travail, où chaque note dialogue avec la pensée et l’œuvre du célèbre écrivain et activiste américain.
Une pionnière de la nu-soul
À 57 ans, Meshell Ndegeocello fait partie de ces artistes dont l’influence se mesure autant par les collaborations que par la création. De Madonna aux Rolling Stones, en passant par Robert Glasper, elle a accompagné les plus grands tout en imposant un univers unique, androgyne et queer, entre funk rétro, acid-jazz et hip-hop glam. Son premier album, Plantation Lullabies (1993), reste une référence du genre nu-soul, préfigurant l’ère des Jill Scott et Erykah Badu. La basse, instrument central de son langage musical, raconte, impose et questionne : désir, identité, race et puissance noire y sont déjà explorés avec audace et sensibilité.

Meshell Ndegeocello © Getty Images
Une carrière récompensée par l’intelligence et l’émotion
Longtemps courtisée par Prince et première artiste féminine signée chez Maverick Records dans les années 90, Meshell Ndegeocello a depuis été nommée treize fois aux Grammy Awards, en remportant trois. En 2025, elle reçoit celui du meilleur album de jazz alternatif pour The Omnichord Real Book, saluant sa capacité à créer un pont entre virtuosité technique et profondeur narrative.
Quand Baldwin inspire la musique
No More Water: The Gospel of James Baldwin est le fruit de dix années de travail, d’expérimentations et de réflexions. L’album puise dans l’œuvre fondatrice de Baldwin, The Fire Next Time, dont la puissance politique et poétique l’a profondément marquée : “C’est comme s’il y était question de ma famille”, confie-t-elle. À travers sa musique, elle explore les mêmes thèmes que le romancier : race, amour, foi et résilience, inscrivant la performance live dans une dimension à la fois intime et universelle.
Une immersion entre mémoire et modernité
L’album n’est pas seulement un hommage, c’est une traversée musicale de l’histoire des droits civiques américains, éclairée par le photographe Steve Schapiro et les récits des leaders emblématiques, de Martin Luther King Jr. à Rosa Parks. Les grooves de Meshell Ndegeocello deviennent un langage contemporain pour raconter ces luttes, insufflant émotion et réflexion dans chaque ligne de basse et chaque arrangement.
Avec No More Water: The Gospel of James Baldwin, l’artiste transforme la scène de la Philharmonie en un espace où le passé, le présent et la créativité se rencontrent, offrant une expérience à la fois musicale, intellectuelle et spirituelle. La nu-soul, sous ses doigts, devient un vecteur de mémoire, d’engagement et de beauté.
Meshell Ndegeocello, On The Mountain © Universal Music Group
L’art de la narration sonore
Au-delà de la basse, Meshell Ndegeocello transforme chaque instrument en voix narrative. Claviers, cuivres, percussions et textures électroniques dialoguent avec les mots et les silences, créant un récit sonore qui se déploie comme une conversation avec Baldwin lui-même. Sur scène, la musique devient un espace de parole et d’interprétation, où chaque crescendo, chaque pause, chaque modulation fait sens. L’album et la performance live se répondent, tissant un lien entre l’intime et le collectif, entre la mémoire et l’émotion brute.
Une portée universelle
Si No More Water: The Gospel of James Baldwin puise dans la culture et l’histoire américaines, son impact dépasse les frontières. Les thèmes de justice, d’amour et de résilience qu’explore Meshell résonnent dans le monde entier, invitant le public à réfléchir sur les injustices passées et présentes. La performance à la Philharmonie n’est pas seulement un concert : c’est une expérience immersive, une méditation musicale et sociale qui interroge le rôle de l’art comme vecteur de conscience et de transformation. Chaque spectateur, qu’il connaisse Baldwin ou non, se trouve invité à entrer dans un dialogue sensible et universel.
Meshell Ndegeocello en concert à la Philharmonie de Paris les 10 et 11 mars 2026.




