
Musique
Dec 20, 2025
À quoi ressemble la musique de Joe Keery, révélation de Stranger Things ?
On le connaît comme Steve Harrington, figure devenue culte de Stranger Things. Mais réduire Joe Keery à un rôle serait passer à côté de l’essentiel. Depuis plusieurs années, l’acteur américain construit en parallèle une carrière musicale solide, exigeante, presque secrète à ses débuts, aujourd’hui portée par un succès massif. Sous le nom de Djo, il façonne une pop nerveuse et mélancolique, nourrie de rock, de post-punk et de sarcasme doux-amer. En 2025, alors que la saison 5 de Stranger Things s’apprête à refermer un chapitre majeur de la pop culture, Joe Keery défend The Crux (Deluxe), son troisième album — un disque qui regarde son époque droit dans les yeux, sans complaisance.
Étés américains, bandes-sons fondatrices
Joe Keery se souvient avec précision des étés de son enfance, direction Cape Cod, dans le Massachusetts. Les trajets se faisaient dans un vieux camion blanc, fenêtres grandes ouvertes, la climatisation hors d’usage, pendant que l’autoradio diffusait pêle-mêle du blues, de la country, Bruce Springsteen ou la soul brûlante de Sharon Jones.
Il revoit Newburyport, la ville où il a grandi dans les années 1990 : les maisons coloniales, une balançoire au fond du jardin, et ce voisin inquiétant qui sifflait dans un étrange laryngophone. Une Amérique banale, presque cinématographique, qui deviendra plus tard le décor mental de sa musique.
Steve Harrington… et l’envie d’ailleurs
Quand Stranger Things explose en 2016, Joe Keery devient en quelques mois un visage familier à l’échelle mondiale. Steve Harrington, d’abord stéréotype du lycéen populaire, se transforme saison après saison en personnage profondément humain, vulnérable, attachant.
Mais à mesure que Hollywood lui ouvre ses portes — jusqu’à une apparition remarquée dans la cinquième saison de Fargo — Keery refuse de se laisser enfermer. La musique n’est pas un hobby. C’est un territoire à part entière.

Djo © Neil Krug
Djo, un alter ego musical
Sous le pseudonyme Djo, Joe Keery avance sans capitaliser frontalement sur sa notoriété d’acteur. Son projet musical se construit à rebours des logiques marketing : pas de tubes prémédités, pas d’image lisse.
Après Twenty Twenty (2019) puis Decide (2022), il frappe un point de bascule avec End of the Beginning, titre devenu viral de manière organique, cumulant plus d’1,5 milliard d’écoutes. Un succès presque accidentel, qui révèle une écriture mélancolique et introspective, loin de l’euphorie algorithmique.
The Crux : ironie, désillusion et lucidité pop
Avec The Crux, sorti au printemps 2025 et enrichi en septembre par une version Deluxe, Djo affine encore son langage. Produit avec son complice Adam Thein et enregistré notamment aux mythiques Electric Lady Studios à New York, l’album navigue entre pop sixties, post-punk anguleux à la Talking Heads, ballades désabusées et rock sarcastique qui évoque parfois les Arctic Monkeys.
Joe Keery y parle de perte, de désir, de fatigue générationnelle. Il se moque des trendsetters, des injonctions permanentes à la réussite, de l’époque qui confond visibilité et profondeur. The Crux sonne comme un disque de transition — celui d’un artiste qui accepte la complexité plutôt que la posture.
Djo, Thich Nhat Hanh, de l'album The Crux Deluxe
La scène comme terrain de vérité
En 2025, Djo accompagne The Crux d’une tournée mondiale dense. À Paris, il s’est produit le 23 juin 2025 à l’Élysée Montmartre, devant un public partagé entre fans de la première heure et spectateurs venus découvrir “l’autre visage” de Joe Keery.
Un concert sans artifices, où la musique prime sur le personnage, confirmant que Djo n’est pas un projet parallèle mais une trajectoire à part entière.
Après Stranger Things, que reste-t-il ?
Alors que Stranger Things s’apprête à tirer sa révérence, Joe Keery incarne une génération d’artistes refusant la spécialisation forcée. Acteur crédible, musicien légitime, il avance sur une ligne fine : celle de l’équilibre entre exposition et sincérité.
Sa musique n’essaie pas de séduire tout le monde. Elle préfère toucher juste.
Et peut-être est-ce là, finalement, ce qui rend Joe Keery si contemporain : cette capacité à transformer la nostalgie en matière vivante, et le succès en terrain d’exploration plutôt qu’en finalité.




