Cinéma

Jan 14, 2026

Les créateurs de la publicité Intermarché préparent un film d'animation

Il y a des publicités qui passent.
Et puis il y a celles qui restent, qui s’infiltrent dans la mémoire collective, qui deviennent autre chose que ce pour quoi elles ont été conçues.
Le Mal-Aimé, le film de Noël 2025 d’Intermarché, appartient sans conteste à cette seconde catégorie.

À l’origine : un spot.
À l’arrivée : plus d’un milliard de vues dans le monde, une reconnaissance internationale, et désormais un long métrage d’animation en préparation.
Entre les deux : une histoire d’émotion brute, de narration sincère, et d’un studio français qui a rappelé au monde que l’animation pouvait encore être un geste artisanal, humain, profondément politique au sens noble.


Un Noël 2025 à contre-courant

À l’hiver 2025, les campagnes de Noël se suivent et se ressemblent. Les marques redoublent d’effets visuels, d’images léchées, de slogans calibrés pour les réseaux sociaux. Beaucoup misent sur l’IA, sur la performance, sur la viralité programmée.

Intermarché, lui, choisit une autre voie.

Avec Le Mal-Aimé, l’enseigne ne cherche pas à impressionner, mais à raconter. Le film s’ouvre sur une scène intime, presque silencieuse : un enfant, un cadeau, une inquiétude. Puis la voix du conte prend le relais. Comme autrefois. Comme si le temps ralentissait soudain.

L’histoire est simple, presque archaïque : celle d’un loup rejeté par les autres animaux de la forêt. Un loup qui, au lieu de mordre, choisit d’apprendre. D’observer. De changer. De cuisiner plutôt que de chasser. De devenir autre chose que ce que l’on attend de lui.

Ce loup n’est pas un héros flamboyant. Il est maladroit, seul, incompris. Il est le miroir de toutes les figures mises à l’écart.


Le Mal-Aimé (2025) © Illogic Films


Une esthétique qui parle avant même les mots

Dès les premières images, Le Mal-Aimé frappe par son identité visuelle. Le dessin est doux, texturé, légèrement granuleux. Les couleurs sont feutrées, hivernales, jamais criardes. Chaque plan semble respirer.

Cette esthétique singulière est portée par le trait de Martin Zahradnik, dont le travail donne au film une dimension presque intemporelle. On y retrouve quelque chose des albums illustrés de l’enfance, mais aussi une modernité graphique assumée, loin des standards industriels de l’animation 3D ultra-lisse.

Le choix de la chanson — Le Mal-Aimé de Claude François — ajoute une couche supplémentaire de mélancolie et de résonance générationnelle. Le texte, ancien, prend un sens nouveau. Il ne s’agit plus d’un simple accompagnement musical, mais d’un commentaire émotionnel sur l’histoire elle-même.


Un succès mondial, organique et inattendu

Très vite, le film dépasse le cadre hexagonal. Partagé, commenté, détourné, analysé, Le Mal-Aimé circule sur les plateformes, les réseaux sociaux, les sites spécialisés en animation et en publicité.

Le compteur s’affole : plus d’un milliard de vues à travers le monde.

Ce succès n’est pas le fruit d’une stratégie virale agressive, mais d’un phénomène plus rare : l’adhésion émotionnelle spontanée. Les spectateurs ne regardent pas le film parce qu’on le leur impose, mais parce qu’ils ont envie de le transmettre.

Dans un paysage saturé de contenus générés ou optimisés par l’IA, un détail frappe : Le Mal-Aimé est entièrement animé à la main. Aucun automatisme génératif. Aucun raccourci technologique. Près d’un an de travail, une centaine d’artistes mobilisés, image après image.

Ce choix n’est pas anodin. Il s’inscrit presque comme un manifeste.


Le Mal-Aimé (2025) © Illogic Films


Illogic Films : l’émotion comme ligne de force

Derrière ce projet, un nom revient : Illogic Films, studio montpelliérain déjà respecté dans les cercles de l’animation et de la création visuelle.

Avec Le Mal-Aimé, Illogic ne signe pas simplement une réussite publicitaire. Le studio affirme une vision : celle d’une animation qui privilégie le sens, la narration et l’émotion plutôt que la démonstration technologique.

Le collectif fonctionne comme un organisme vivant, où les idées circulent, où la réalisation devient un travail d’équipe profondément collaboratif. Cette méthode, déjà présente dans leurs projets précédents, trouve ici une ampleur nouvelle.

Le film de Noël agit alors comme un révélateur : Illogic Films n’est plus seulement un studio de commande, mais un véritable auteur collectif.


Quand la publicité devient un laboratoire de cinéma

Ce qui rend l’histoire de Le Mal-Aimé particulièrement fascinante, c’est ce qu’elle dit de l’époque.

Longtemps, la publicité a été perçue comme un espace contraint, utilitaire, éloigné des ambitions artistiques du cinéma. Or, depuis quelques années, les frontières s’estompent. Certains spots deviennent de véritables courts métrages. D’autres, comme celui-ci, ouvrent la voie à des univers narratifs plus vastes.

Avec Le Mal-Aimé, Intermarché et Illogic Films prouvent qu’un film de marque peut devenir un terrain d’expérimentation émotionnelle et esthétique, capable d’influencer la création cinématographique elle-même.


Le Mal-Aimé (2025) © Illogic Films


De la forêt au Yellowstone : naissance de La Famille Rivière

Face à l’ampleur du succès, une question s’impose rapidement : et après ?

La réponse prend la forme d’un projet ambitieux : un long métrage d’animation, intitulé La Famille Rivière.

Cette fois, il ne s’agit plus d’un loup solitaire, mais d’une famille de castors, confrontée à un conflit de générations, perdue au cœur du parc de Yellowstone. Le décor change, mais les thématiques demeurent : transmission, différence, adaptation, lien familial, rapport au monde sauvage et à la modernité.

Le choix du castor n’est pas anodin. Animal bâtisseur, symbole de collectif, il devient ici le support idéal pour interroger les dynamiques familiales et sociales. Yellowstone, quant à lui, offre un cadre à la fois majestueux et hostile, propice aux métaphores contemporaines.


Une continuité artistique assumée

La Famille Rivière reprendra l’esthétique qui a fait la force de Le Mal-Aimé. Le dessin de Martin Zahradnik sera de nouveau au cœur du projet, garantissant une continuité visuelle forte entre le spot et le long métrage.

La coréalisation sera assurée par Victor CiareLucas Navarro et le collectif Illogic, confirmant une approche collégiale de la mise en scène. Le film est développé avec Mandarin & Cie, gage d’une ambition cinématographique affirmée.

L’objectif n’est pas de reproduire une recette, mais d’élargir un langage. Là où la publicité condensait l’émotion en quelques minutes, le long métrage promet une respiration plus ample, des personnages plus complexes, un récit capable d’évoluer, de se transformer, de surprendre.


Première image de La Famille Rivière © Illogic Films


Une attente déjà palpable

Aucune date de sortie n’a encore été annoncée, mais l’annonce du projet a suffi à capter l’attention des amateurs d’animation, des professionnels du cinéma et des observateurs culturels.

Parce que La Famille Rivière porte en elle une promesse rare : celle d’un film né non pas d’un algorithme ou d’une franchise existante, mais d’un élan créatif sincère, d’un récit qui a déjà prouvé sa capacité à toucher.


Quand l’émotion ouvre un nouveau territoire

L’histoire de Le Mal-Aimé et de La Famille Rivière dépasse le simple cas d’école publicitaire. Elle raconte quelque chose de plus large : le retour du récit sensible, de l’artisanat, du temps long dans une industrie souvent pressée.

Elle rappelle que les histoires les plus puissantes ne sont pas toujours celles qui crient le plus fort, mais celles qui murmurent juste.

Et si, finalement, le véritable miracle de Noël 2025 n’était pas une publicité virale…
… mais la naissance d’un nouveau cinéma d’animation français, humble, humain, et profondément émouvant ?

Partager

Partager

Choix de la rédaction

Accès privilégié 

Soyez parmi les premiers à explorer nos nouveautés et pièces exclusives.

Accès privilégié 

Soyez parmi les premiers à explorer nos nouveautés et pièces exclusives.

Accès privilégié 

Soyez parmi les premiers à explorer nos nouveautés et pièces exclusives.